Condamné le 27 mars 2025 à 5 ans de prison par le tribunal de Dar El Beida à Alger, l’écrivain controversé Boualem Sansal a fait appel. Le parquet, qui avait requis une peine plus lourde en première instance – 10 ans de prison ferme et 1 million de dinars d’amende – a également interjeté appel.
L’affaire Sansal, outrageusement instrumentalisée en France par la droite et l’extrême droite, a donné lieu à un échange entre les président Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat français est intervenu en faveur de l’écrivain, qui a obtenu la nationalité française il y a quelques mois, lors de son entretien téléphonique avec le Président Tebboune, le lundi 31 mars. « Le président Macron a réitéré sa confiance dans la clairvoyance du président Tebboune et appelé à un geste de clémence et d’humanité à l’égard de Boualem Sansal, en raison de l’âge et de l’état de santé de l’écrivain », précisait le communiqué conjoint signé par les deux parties.
Boualem Sansal, pour rappel avait accordé une interview au média d’extrême droite français, Frontières, dans lequel il qualifié l’Algérie de “truc” par opposition au Maroc qui serait un “État”. Il avait également repris la rhétorique sur les territoires que la France aurait enlevé au Maroc pour donner à l’Algérie. Des propos qui ont choqué une grande partie de l’opinion algérienne.
L’écrivain a été reconnu coupable et condamné à 5 ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 000 dinars. Les chefs d’accusation retenus contre lui incluent l’atteinte à corps constitués, l’atteinte à l’unité territoriale nationale, l’atteinte à l’ANP et intelligence avec une partie étrangère. Depuis son arrestation à la mi-novembre 2024, il est détenu à la prison de Koléa, à l’ouest d’Alger.
Toutefois, les appels introduits par la défense et le parquet repoussent la possibilité d’une grâce présidentielle avant que la condamnation ne devienne définitive. Conformément à l’article 91 de la Constitution, cette prérogative revient au chef de l’État. En Algérie, la grâce présidentielle s’applique généralement aux personnes détenues ou non, sous réserve que leur condamnation soit définitive à la date de signature du décret présidentiel. Les bénéficiaires sont désignés en fonction des circonstances entourant l’octroi de cette mesure.
Le jour du verdict, Boualem Sansal est apparu vêtu d’un blouson vert, les cheveux coupés courts, affichant une expression impassible. Lorsque le juge a rendu son verdict en arabe, l’écrivain a semblé en saisir difficilement la portée. Il s’est alors avancé vers le magistrat, qui lui a traduit la sentence en français, un geste nécessaire en raison de sa légère surdité.
Le jeudi 20 mars 2025, le parquet de Dar El Beida avait requis une peine de 10 ans de prison ferme à l’encontre de l’écrivain. Après avoir révoqué ses avocats, dont le français François Zimeray, Boualem Sansal a choisi de se défendre seul face au tribunal.
En octobre 2024, Boualem Sansal, connu par ses positions radicales à l’égard de la religion musulmane et de la société algérienne, a déclaré à Frontières, un média d’extrême droite dont il est membre du comité de rédaction, que la France coloniale avait amputé une partie du territoire marocain au profit de l’Algérie. Des propos historiquement faux qui ont été jugés attentatoires à l’intégrité et à l’unité nationales algériennes.
Au Tribunal, le romancier, naturalisé français en 2024, a affirmé avoir exprimé « une opinion » et qu’il n’avait pas mesuré l’impact de ses propos. En France, toute l’extrême droite française, à sa tête le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, l’ex-ambassadeur de France à Alger Xavier Driencourt, la leader du Rassemblement national Marine Le Pen, a mené une campagne pour « la libération » de Boualem Sansal en Algérie.