Les deux premières phases du projet de « réhabilitation et développement durable intégré des paysages naturels en vue de la production des forêts de chêne-liège en Algérie » viennent d’être bouclées, marquant une étape clé dans la valorisation économique des ressources forestières du pays. Selon un cadre de la Direction générale des forêts (DGF), ces phases, axées sur les diagnostics et le recensement de la biodiversité, posent les bases d’une exploitation durable aux retombées économiques prometteuses.
Ce projet pilote, lancé en 2022, est le fruit d’un partenariat entre la DGF et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cofinancé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le gouvernement algérien, il mobilise 27 millions USD sur cinq ans et couvre plus de 22 500 hectares répartis sur trois sites stratégiques : la forêt de Beni Iddir à Jijel, celle de Taourirt Ighil à Béjaïa et celle de Hafir à Tlemcen. Ces zones, riches en chêne-liège, représentent un potentiel économique inexploité que l’Algérie entend désormais structurer.
Les études menées par des experts nationaux, validées récemment, ont été remises à la DGF, comme l’a expliqué Mouloud Ikene Nait, sous-directeur des aménagements et inventaires forestiers, dans une déclaration à l’APS. « Ces phases constituent les fondements d’une gestion durable de la subéraie, avec des systèmes visant à générer des revenus stables pour les populations locales tout en préservant la biodiversité », a-t-il affirmé. L’ambition est claire : transformer ces forêts en moteurs économiques, avec des modèles reproductibles dans d’autres wilayas abritant des chêne-liège, qui couvrent 11 % des forêts algériennes, soit 440 000 hectares, dont 150 000 productifs.
Dans ce cadre, les experts ont évalué les services écosystémiques et analysé les chaînes de valeur des produits forestiers non ligneux (PFNL), notamment les plantes aromatiques et médicinales (PAM) comme la verveine, le romarin, la lavande et le lentisque. Ces enquêtes, menées auprès des populations locales, ont révélé des opportunités économiques significatives. « Ces potentialités peuvent être promues pour créer des chaînes de valeur durables, dynamisant ainsi l’économie locale », a précisé M. Nait Ikene.
Création attendue de 60 PME dans la promotion des métiers de liégeur, des PFNL et PAM
La prochaine étape, axée sur l’exploitation économique de ces ressources, s’appuiera sur des partenariats avec des associations spécialisées dans la préservation des forêts et la valorisation de leurs produits. Selon M. Nait Ikene, 60 petites et moyennes entreprises (PME) devraient voir le jour – 20 par site –, dont 30 % dirigées par des femmes. Ces PME se concentreront sur la relance des métiers de liégeur et la promotion des PAM, soutenues par des coopératives et groupements locaux. Un travail de sensibilisation a déjà ciblé les riverains, les associations et les femmes pour encourager leur implication dans ces filières prometteuses.
Parallèlement, le Bureau national d’études pour le développement rural (BNEDR) planche sur un plan de gestion pour la réhabilitation de la subéraie. Ce plan inclut la modernisation du Réseau de défense des forêts contre les incendies (DFCI), avec la réhabilitation des pistes, des points d’eau, des postes de vigie et des tranchées pare-feu, ainsi que des travaux préventifs. Il prévoit aussi la remise à niveau des pépinières forestières pour soutenir la régénération des écosystèmes dégradés, un investissement crucial pour sécuriser la production future.
Un plan de travail détaillé, accompagné des budgets nécessaires, est en cours d’élaboration. « Ce projet permettra de structurer les chaînes de valeur des PFNL et des PAM, créant ainsi un cadre économique viable », souligne-t-on à la DGF. Avec un financement de 27 millions USD, cette initiative conjugue ambitions économique, sociale et écologique. Inscrite dans la politique forestière algérienne à l’horizon 2035, elle vise à faire du chêne-liège un levier de développement durable, tout en contribuant aux objectifs de l’Agenda 2030 de l’ONU.
Le potentiel économique est immense : avec 440 000 hectares de forêts de chêne-liège, dont un tiers en capacité de production, l’Algérie pourrait renforcer sa position sur les marchés internationaux du liège et des produits dérivés, tout en dynamisant les économies locales grâce aux PAM. Une opportunité à 27 millions USD qui pourrait redéfinir le paysage économique forestier du pays.